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jeudi 26 juin 2008

Fiat...Lux

Newspapers and Television report recent troubles of Italian carmaker FIAT with the Chinese government regarding the advertising of FIAT's new car - the Lancia Delta.



On Friday, the company from Turin officially admitted that such advertising may "offend the sensibility of the Chinese nation" but the disputed movie is not intended to interfere with the political system of any country, especially the People's Republic of China. FIAT's spokesperson told the news that FIAT will continue to promote its car and they will not withdraw this controversial ad from their marketing campaign.


Spot Lancia Delta avec Richard Gere (46s)


mardi 17 juin 2008

La plus belle arnaque du marché de la photographie ?

« Je rigolerai dans ma tombe » disait Emmanuel Rudnitsky (1890-1976), plus connu sous le pseudonyme de Man Ray.

Les images légendaires de Man Ray sont  : « Larmes de verre », « Noire et blanche », « Elevage de poussière », « Transatlantique », « La Marquise Casati », « La Prière », etc. Et, bien évidemment celles des femmes qu'il a aimées ou côtoyées et qui ont servi de supports à ses nus sensuels : Lee Miller, Kiki (« Violon d'Ingres », le dos de Kiki relevé de deux ouïes à l'encre noire).



« Larmes » ou « Larmes de verre » (vers 1930) est sans doute l'image la plus célèbre de Man Ray. Le photographe a réalisé trois portraits quasiment identiques qui représentent le visage entier d'une jeune femme, avec huit perles de celluloïd fixées sur la peau.

Le Centre Pompidou conserve, depuis 1994, deux des trois négatifs.

Le troisième a disparu (!). Or, c'est uniquement à partir de ce négatif, en le recadrant, que Man Ray a réalisé deux chefs-d'oeuvre.

Le premier : les deux yeux, cinq perles et la bouche naissante, a atteint 240 000 dollars lors d'une vente chez Sotheby's, le 5 octobre 1995 à New York.

Le cadrage le plus célèbre est resserré sur l'oeil droit avec deux perles, en inversant le négatif. Des années 30 jusqu'en 1962, Man Ray a toujours retenu ces deux seuls cadrages. Nombre de variantes des Larmes, toutes problématiques, circulent pourtant.

A la fin du XXème siècle, le collectionneur Werner Bokelberg en a acheté cinq toutes fausses et de formats différents, notamment une qui représente l'oeil gauche.

Elton John a acheté pour quasiment 150 000 euros dans une vente Sotheby's du 7 mai 1993 une version douteuse: elle a été réalisée à partir d'un des deux négatifs que Man Ray n'a jamais utilisés et n'a jamais été publiée ou exposée de son vivant ; le cadrage, mièvre, trop large, ne correspond pas à sa vision ; les annotations au dos ne seraient pas de sa main apprend-on de Michel Guerrin.

Au Grand Palais, à Paris, jusqu'au 29 juin 1998, se tenait une grande rétrospective, divisée en trois parties : « Dupliquer le réel », « Démarquer le réel », « Dénaturer le réel ». Sans croire que la photographie n’est qu’une simple duplication, ses intitulés n’étaient-ils pas prémonitoires de l’affaire des « faux Man Ray » ?

En effet, la gestion chaotique de l'oeuvre de l'artiste surréaliste a permis la prolifération de tirages tardifs ou d'origine douteuse.

Depuis la mort, en 1991, de Juliet Man Ray, la veuve de l'artiste, ses héritiers ne cessent de se déchirer. D'un côté, le Trust Man Ray, créé à New York par les frères de Juliet, perçoit les droits d'auteur. De l'autre, la soeur de Man Ray et ses deux nièces, qui détiennent le droit de suite. Pour payer les lourds droits de succession de Juliet Man Ray, le Trust a fait une dation à l'Etat français.

Mais l’arnaque n’est pas là.

Plusieurs dénoncent rapidement la mise sur le marché de nombreux tirages réalisés après la mort de Man Ray. Ces tirages posthumes ont également gagné nombre de collections de musées. Dans le cas de Man Ray, exposer ces pâles copies pose problème, car elles dénaturent l'oeuvre originale.

Car un nombre important d'épreuves a été tiré, avec l’accord de l’artiste, dans les années 50, 60, et 70 parce qu'il n'y en avait pas de disponibles, en vue de les exposer et de les publier.

Il indiquait toujours la date de prise de vue et non celle du tirage, ce qui a compliqué les choses quand le marché Man Ray a réellement décollé, après sa mort, en 1976. C'est tout le problème. La plupart des observateurs affirment que Juliet, veuve de Man Ray, n'a pas été à la hauteur d'une oeuvre immense qui a fait l'objet de convoitises. « Trop de personnes avaient la clé des ateliers où étaient entreposés tirages, négatifs et contacts. Il y a eu des pillages »

Des laboratoires chargés de tirer les épreuves de Man Ray sont aussi mis en cause pour des tirages multiples.

Les "arnaques" se multiplient... La galeriste américaine Virginia Zabriskie a acheté cinq ou six images de Man Ray autour de 20 000 dollars pièce à un collectionneur français croyant qu'il s'agissait des tirages des années 30. Ce n'était pas le cas. Même mésaventure pour un célèbre marchand de San Francisco. L'avocat américain Arnold Crane a vendu au Musée Getty de Los Angeles des tirages de Man Ray dont une bonne partie a été réalisée au début des années 60...

Face au casse-tête de la datation, les restaurateurs de photographie sont également désarmés. Et, plan catastrophe : si un faussaire possède un négatif original ou une copie de ce négatif, il peut fabriquer des faux imparables sur des stocks de papier des années 30.

Or, c'est bien le problème... Si le Centre Pompidou en possède la quasi-totalité (13 500), il manque un certain nombre de négatifs et plusieurs tirages-contacts. Bref, quelqu'un s'est servi... avant la dation.

"Noire et blanche" : le Centre Pompidou conserve bien un négatif mais plusieurs reproductions de l'image montrent qu'un autre négatif, plus large (un bord de table apparaît), circule sans contrôle...

Au-delà des faux et tirages tardifs, c'est la définition de l'oeuvre photographique de Man Ray qui est en jeu. Comment s'y retrouver ?

Jane Corkin, marchand installée à Toronto (Canada), a acquis lors de la vente du fonds d'atelier de Man Ray, par Sotheby's en mars 1995, un dos nu (lot 156) pour 16 000 livres. Il s'agit d'un tirage positif plein cadre. Alors que Man Ray a solarisé son négatif et qu'il en a tiré un cadrage resserré qui fait partie des collections du Musée d'art moderne de New-York.

Comment ce type de tirages peut-il se trouver dans le fonds d'atelier de l'artiste ?

dimanche 4 mai 2008

La fin de l'illustration photographique (Life Time)



Voir cet excellent blogue

Et notamment cette partie:

1945 01 01 Couverture de Time Magazine - Dwight D. Eisenhower
1945 02 05 Couverture de Time Magazine - Joseph Staline
1945 02 12 Couverture de Time Magazine - Heinrich Himmler
1945 04 09 Couverture de Time Magazine - Lt General Patton
1945 05 07 Couverture de Time Magazine - Adolf Hitler
1945 05 21 Couverture de Time Magazine - Emperor Hirohito
1945 08 20 Couverture de Time Magazine - Fall of Japan
1945 09 03 Couverture de Time Magazine - Chiang Kai-shek
1945 11 19 Couverture de Time Magazine - Sergei Prokofiev
1945 12 10 Couverture de Time Magazine - Nurnberg Trials/ Hitler’s heirs
1945 12 17 Couverture de Time Magazine - Mohamed Reza Pahlevi
1945 12 31 Couverture de Time Magazine - Harry S. Truman Man of the year

samedi 3 mai 2008

La fin de l'illustration photographique (Le choc des photos)

match

Paris Match est créé, en 1949, par l'industriel et patron de presse Jean Prouvost. Il tire son origine d'un titre plus ancien, Match, un hebdomadaire sportif repris en 1938 par Jean Prouvost, qui l'avait transformé en magazine d'actualités l'année suivante. Match cesse de paraître durant la Seconde Guerre mondiale. Il renaît en 1949 sous le titre Paris Match. La formule du nouveau magazine s'inspire de celle de la revue américaine Life : un magazine d'information sur l'actualité, avec des grands reportages et beaucoup de photographies exclusives. Le numéro un paraît le 25 mars 1949, avec Winston Churchill en couverture.

Le titre connaît un grand succès jusqu'à la fin des années 1950. Puis, les ventes baissent au fil du temps, subissant la concurrence de nouveaux hebdomadaires et de la télévision. La diffusion passe de 1 800 000 exemplaires en 1958 à moins de 600 000 en 1975.

En 1976, le magazine est repris par Daniel Filipacchi, qui y avait été photographe en début de carrière. Roger Therond revient comme directeur de la rédaction, fonction qu'il avait déjà occupée de 1962 à 1968, et qu'il ne quittera qu'en 1999. Sous sa direction, Paris Match renoue avec le succès et les ventes progressent à nouveau. Celui qu'on avait surnommé « l'Œil » se retire à 74 ans. Alain Genestar lui succède en juillet 1999.

Paris Match est, encore aujourd'hui, un titre du groupe de presse Hachette Filipacchi Médias, lui-même filiale du groupe Lagardère. La diffusion payée en France a atteint plus de 605 000 exemplaires en 2006 (source : Office de Justification de la Diffusion).



mardi 29 avril 2008

Raymond Loewy (1893-1986)



"Time Magazine, october 1949 (it was the first time a product designer received so much national media attention in the United States."

French born engineer, best known for his designs for steam locomotives and refrigerators, he also designed logos for exxon and shell, and the interior of the skylab.

"Between two products equal in price, function, and quality, the better looking will outsell the other." He proved that the success of a product is as dependent on aesthetics as function. "The goal of design is to sell," he said. "And to drive the point home", he added, "the loveliest curve I know is the sales curve.". Loewy was the first designer to introduce annual model changes into the home appliance market and thus introducing obsolescence into the market of household appliances.

It is estimated that at the peak of his career over 75% of americans came into contact with one or more of his products every day.

American companies which survived the wall street crash in 1929 saw competition rise to an unprecedented extent. the design of products was taken seriously as they had to increase sales to survive. For the first time, design became a commercial imperative. From the early 1930s through into the 1950s, a design style flourished that has become known as the streamline style.

Its most important characteristic are the closed, streamlined forms that strongly suggest speed, symbolic of the dynamism of modern times. To visualise this, the sharp corners and transitions of objects were rounded off. Knobs, handles and hand grips were recessed. speed lines were created by introducing ribs or gleaming chrome strips. This style dangled the promise before consumers that they were still on the way to a glorious future with prosperity for everybody, at least if they continued to consume.

The streamline style was not arrived at on the basis of scientific requirements for optimal air flow, but was a cliched expression of that. there was a good deal of theatricality to these visual devices as they were applied to movie marquees, toasters, vacuum cleaners, objects which - except for the occasional domestic altercation - were not meant to fly through the air. thus, irrespective of their function or content, objects were made attractive and tempting in a way that everyone understood. it was a period in which mass consumption was uncritically embraced.

Logos and corporate designs



1940 lucky strike pack
Loewy’s classic transformation of the package included:

- replacing the green background with white
- turning the circular motif into a stronger target device
- making both sides of the pack identical by featuring the target on both sides
- sharpening up the typography.



Coca cola
Raymond Loewy said "The coke bottle is the most perfectly designed package in the word."
Loewy is often mistakenly credited with designing the coca- cola bottle, although he worked for the coca cola company for decades, designed several coke related products, and even redesigned the famous bottle in 1954 (the first coke bottle was developed for coca-cola in 1915 by the root glass company of terre haute, indiana, the bottle has undergone several redesigns in its 100-plus years).

This contribution to that particular icon, the original contour of the 'mae west' bottle, was to 'slenderize' the already existing version, giving it a more refined silhouette and making it sexier to a new generation.
see
http://www.theavanti.com/CokeDesign.html
http://www2.coca-cola.com/ourcompany/historybottling.html
http://www.antiquebottles.com/coke/fame.html




Shell oil company's logo

In 1967, the shell company approached loewy with a design problem - its emblem was difficult to distinguish from a distance, or in poor lighting. the logo is still in use today. The pecten (shell's version) has gone through some facelifts over the years. In fact the first pecten wasn't a pecten (scallop shell) at all. It was a mussel shell introduced in 1900 and replaced in 1904 by the first version of the scallop shell motif. Yhe pecten symbol currently in use worldwide was designed in 1971 by loewy.

The design and testing process completed by Loewy's firm took more than four years. one of the tests involved hanging various prototype pectens on poles where they could be viewed by drivers passing on a nearby british motorway. Drivers were later contacted for their opinions on the prototypes.
see
http://www.shell.ca/code/who/about/seashell.html
http://www2.shell.com



The exxon logo

After his work for shell oil company, Loewy was hired by jersey standard to find a new name and design a new logo for its esso brand. He proposed 'exxon' and came up with seventy-six rough pencil sketches based on the word, placing the visual emphasis on the double 'x.' The two x’s subliminally recalled the 's’s' in esso and thus helped ease the transition from the old name to the new.



see
http://www.raymondloewyfoundation.com
http://www.loewygroup.com

lundi 7 avril 2008

La fin de l'illustration photographique ? (6) (retour)

Tout pareil, je retire sur simple demande LeMonde.fr Abonnez vous ça vaut le coup... Vraiment... Archives disponibles depuis 1987!

Une fois de plus, je retire sur simple demande cette simple "citation", mais cela illustre "La fin de l'illustration photographique".

"Paris Match" condamné pour la publication de la photo de la catastrophe du pic de Bure LE MONDE | 27.02.03 | 12h30 Paris Match a outrepassé son droit d'informer en publiant dans ses colonnes, en double page, une photo de l'accident, le 1er juillet 1999, du téléphérique du pic de Bure (Hautes-Alpes). Ainsi en a décidé le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), chargé de statuer sur cette affaire, mercredi 26 février. Ce verdict était très attendu, car il trace une fois encore la délicate frontière entre le droit d'informer des photographes d'actualité et le respect de la vie privée.

La justice a décidé de donner raison à Christophe Cannone et René Koubi, qui ont tous deux perdu leur frère dans cette catastrophe et ont décidé de poursuivre l'hebdomadaire du groupe Hachette Filipacchi Médias (HFM) pour "atteinte à l'intimité de la vie privée". Au cœur de la polémique, la publication dans l'édition de Paris Match du 15 juillet 1999 d'une photo montrant la catastrophe du pic de Bure, à Saint-Etienne-en-Dévoluy. Le 1er juillet, le téléphérique s'est décroché du câble porteur, entraînant la mort de ses vingt passagers. Sur la photo, titrée "La vallée du désespoir", on voit au centre la carcasse du téléphérique et les corps dispersés dans un large périmètre. Selon Me François Zimmeray, l'avocat des familles des victimes, la présence de numéros (placés lors de l'instruction) au côté des corps permettait leur identification, et, à ses yeux, la photo "porte atteinte à la dignité humaine".

Des arguments repris dans le jugement rendu par le tribunal de Nanterre, qui affirme dans ses attendus : "Le traitement de la photographie, (...) dont le cadrage et le grossissement sont étudiés pour attirer l'attention sur les corps déchiquetés des victimes, identifiés par un numéro aisément lisible, caractérise la recherche du sensationnel, en faisant fonctionner le ressort émotionnel face au spectacle de la mort, cette présentation délibérée ne répond pas à une nécessité informative." La société éditrice Hachette Filipacchi Associés, filiale de HFM, est condamnée à verser 12 000 euros aux plaignants.

L'avocat des familles, Me Zimmeray, se déclare très satisfait de la décision : "Elle consacre le primat de la liberté individuelle et de la dignité individuelle sur les impératifs oppressants de l'information. Il ne suffit pas qu'un fait soit relaté dans un journal ou dans un média pour que cela devienne une information." Un avis que ne partage pas Me Marie-Christine de Percin, avocate de Paris Match : "Le jugement nous explique que tout ce que nous avons écrit est très bien, mais que nous nous sommes affranchis des convenances en publiant la photo. On nous reconnaît la liberté d'information, mais nous devons prouver que tel ou tel mode d'expression est nécessaire."

La polémique autour de la publication de la photo de l'accident pose une question de fond sur le statut de la photo d'actualité. Elle avait d'ailleurs alimenté le débat lors des discussions autour du projet de loi Guigou sur la présomption d'innocence adopté en mai 2000. Ses dispositions, violemment critiquées par les photoreporters, restreignent le champ d'intervention de la photo d'actualité. Il n'est plus question, par exemple, de montrer des prévenus menottés ou des victimes d'attentat en France.

La loi a contribué à multiplier les recours juridiques. Les victimes ou les familles des victimes se saisissent de l'article 9 du code civil, garant du droit de chacun au respect de la vie privée, et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui stipule que "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale", pour étayer leur plainte. Depuis l'action des familles des victimes de l'accident du pic de Bure, les tribunaux ont été saisi d'autres plaintes. La famille du préfet Erignac a obtenu la condamnation de Paris Match pour "publication illicite" de la photo montrant M. Erignac juste après l'attentat dont il a été victime. L'éditeur a décidé de porter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme. Ces dernières semaines, l'hebdomadaire a également été condamné pour avoir publié une photo montrant Alfred Sirven et Didier Schuller en détention préventive, conversant dans la cour de la prison de la Santé à Paris. A contrario, le tribunal de Toulouse a débouté des victimes de l'explosion de l'usine AZF qui reprochaient à Paris Match d'avoir publié des photos où elles apparaissaient. "Tout dépend des tribunaux. Mais même lorsque nous sommes condamnés, les juges sont gênés et tentent de limiter le montant des dommages et intérêts à verser", dit Me de Percin. Si les victimes se réfèrent à des questions de principe, elles demandent le plus souvent un dédommagement sonnant et trébuchant. Cette "limitation du droit d'informer" disent les photoreporters et cette monétisation du droit à l'image pèsent sur les agences de photo. "Quelle que soit la loi, nous continuerons à faire les photos. Mais de plus en plus de particuliers menacent de nous faire des procès et nous demandent de l'argent. J'ai provisionné plus de 100 000 euros dans nos comptes 2002 pour faire face à ces demandes de dédommagements. Les agences de photo françaises vont mourir", déclare Goksin Sipahioglu, fondateur de l'agence Sipa. En outre, comme le souligne Me de Percin, "les télévisions montrent les mêmes images que celles que nous publions, mais elles ne font jamais l'objet de poursuites".

Laurence Girard

"Atteinte caractérisée à la dignité humaine"

Dans les attendus du jugement rendu, mercredi 26 février, par le tribunal de Nanterre, on peut lire : Paris Match "ne saurait s'exonérer de toute responsabilité en invoquant le droit d'informer sur l'actualité, et s'affranchir des convenances les plus fortes qui participent du respect dû à la personne humaine ainsi que de toute prudence qui s'impose à tout professionnel de l'information". Sur la liberté : "(...) le principe de la liberté d'expression et ses corollaires, la liberté de communication et le droit à l'information, garantis par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, autorisent la publication d'images de personnes impliquées dans un événement d'actualité, sous la réserve cependant que commandent les exigences du second alinéa de l'article précité, au regard de la protection des droits d'autrui". Sur la nécessité, enfin, d'utiliser des photos : "(...) la publication dans ces circonstances et sans nécessité de cette photographie centrée sur des corps déchiquetés et identifiables constitue une atteinte caractérisée à la dignité humaine et aux propres sentiments des demandeurs en période de deuil".

Article paru dans l'édition du 28.02.03.

lundi 25 février 2008

Légende quand tu nous tiens (2)

On relira avec joie, le premier numéro d’Etudes Photographiques, la revue de la Société Française de Photographie. La PETITE HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE de Walter Benjamin


Disponible dans les bonnes librairies, nous dit in fine :

« Mais une chose est passée inaperçue de Wiertz comme de Baudelaire, c'est l'injonction qui repose dans l'authenticité de la photographie. Si un reportage dont les clichés n'ont d'autre effet que de s'associer par le biais du langage permet de l'escamoter, cela ne sera pas toujours possible. L'appareil photo deviendra toujours plus petit, toujours plus prompt à saisir des images fugaces et cachées, dont le choc éveille les mécanismes d'association du spectateur. Ici doit intervenir la légende, qui engrène dans la photographie la littéralisation des conditions de vie, et sans laquelle toute construction photographique demeure incertaine. Ce n'est pas en vain que l'on a comparé les clichés d'Atget au lieu du crime. Mais chaque recoin de nos villes n'est-il pas le lieu d'un crime ? chacun des passants n'est-il pas un criminel ? Le photographe (successeur de l'augure et de l'haruspice) n'a-t-il pas le devoir de découvrir la faute et de dénoncer le coupable sur ses images ?

« L'analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l'écriture, a-t-on dit, mais celui qui ignore la photographie. » (Moholy-Nagy (1928), p. 5 (cité dans la traduction de Catherine Wermester, p. 195). Benjamin avait déjà cité dès 1928 la célébrissime formule du professeur du Bauhaus, dans son article sur Blossfeldt ("Neues von Blumen", p. 151).

Mais ne vaut-il pas moins encore qu'un analphabète, le photographe qui ne saurait pas lire se propres épreuves ?

La légende ne deviendra-t-elle pas l'élément le plus essentiel du cliché ? Telles sont les questions par lesquelles les neuf décennies qui séparent les contemporains de la daguerréotypie déchargent leurs tensions historiques. C'est à la lueur de ces étincelles, sortant de l'ombre du quotidien de nos grands-pères, que se montrent les premières photographies, si belles et inapprochables. »

vendredi 1 février 2008

Légende quand tu nous tiens

La photo est connue.

En règle générale y est adjoint cette légende :
« Delage Automobile, A.C.F. Grand Prix, Dieppe Circuit, June 26, 1912 

6 5/8 x 9 1/2 inches, Photo J.H.Lartigue©Ministère de la Culture-France/AAJHL »
ou bien
« Automobile Delage, Grand prix de l'ACF, 26 juin 1912 Jacque Henri Lartigue © Ministère de la culture - France / AAJHL ».
(Vous noterez la faute du Ministère de la Culture !)

Plusieurs remarques.

Tout d'abord, cette photographie pourrait être considérée comme une « petite misère », comme une photographie ratée.

« Les insuccès sont tout à fait naturels. Ils sont une bonne leçon. C’est pourquoi il faut aussi conserver les photographies peu satisfaisantes car, dans trois, cinq ou dix ans, on y découvrira peut-être quelque chose de ce qu’on avait éprouvé jadis » (Jacques Henri Lartigue).


L’image est décadrée, floue et déformée.


La voiture se trouve ainsi ratatinée comme si elle était venue s’emboutir sur la marge; la route et l’arrière-plan sont flous, tandis que la voiture, pourtant en pleine vitesse, est nette. Enfin, troisième accident : la déformation de l’image. On pourrait qualifier cette image de futuriste.

Filippo Tommaso Marinetti écrivait en 1909 « Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace » (Manifeste du futurisme, publié le 20 février 109 par le Figaro).

"1. Nous voulons chanter l'amour du danger, l'habitude de l'énergie et de la témérité.



2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace, et la révolte. 



3. La littérature ayant jusqu'ici magnifié l'immobilité pensive, l'extase et le sommeil, nous
voulons exalter le mouvement agressif, l'insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut
périlleux, la gifle et le coup de poing. 



4. Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle: la beauté de
la vitesse.Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à
l'haleine explosive... une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus
belle que la Victoire de Samothrace. 



5. Nous voulons chanter l'homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée
elle-même sur le circuit de son orbite... C'est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence
culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd'hui le Futurisme parce que nous
voulons délivrer l'Italie de sa gangrène d'archéologues, de cicérones et d'antiquaires... 

" (F. T. Marinetti

Publié par le Figaro le 20 février 1909).

Deuxième point : L’image initialement ratée est exhumée dans les années 1950, est alors alors abondamment reproduite et... célébrée.

« Les possibilités les plus étonnantes peuvent être découvertes dans la matière photographique. L’analyse détaillée de chacun de ces aspects nous fournit une quantité d’indications de valeur en ce qui concerne leur application, leur ajustement etc. » écrit László Moholy-Nagy.

Ce sont ces variations de paramètres, ces écarts vis-à-vis de la norme établie qui déterminent une bonne partie de l’esthétique photographique à partir des avant-gardes.
 Mais qu’elles soient involontaires (dans le cas des accidents des amateurs) ou préméditées (dans le cas des expérimentations des avant-gardes), ces variations de paramètres ont toujours sur l’image les mêmes conséquences plastiques.

En fait, la photographie est plus qu’un simple outil de mimesis. Moholy-Nagy affirmait ainsi qu’il souhaitait aller « à l’encontre de la conception habituelle qui considère que la photographie atteint son apogée lorsqu’elle est imitative ».

Si la photographie n’était pas une machine objective, sincère et transparente pour laquelle on avait bien voulu la faire passer, autant la retourner sur elle-même pour explorer d’autres modalités de représentation. « Les virtualités inattendues du procédé photographique nous furent bien souvent révélées par les résultats accidentels de la photographie amateur » (Moholy-Nagy).

Par un curieux effet de répétition, il semble que Lartigue ait également commis une erreur dans la légende de cette image.

Troisième point de ce billet: la légende nous donne tout d’abord une série d’informations sur

(i) le modèle de voiture, (ii) le contexte, (iii) le lieu et (iv) la date

Le modèle de voiture, une Delage ?

Au début des années 10, Delage propose deux modèles susceptibles de participer à des courses automobiles : les « Type J » et « Type Y course ». Sans entrer dans les détails techniques, il est fort probable que la voiture photographiée par Lartigue ne soit pas une Delage. Cela est même quasiment certain compte tenu de l’arrière typique des Delage.

Nos premières recherches penchent vers une Th. Schneider, 2,8 l. de cylindrée, 4 cylindres avec radiateur au tableau de bord. Mais nous n’avons pas encore fini d’explorer la piste Darracq, ni le mystère qui entoure les 4 véhicules de cette marque qui ne sont jamais partis lors du GP 1912…

Grand Prix de Dieppe, 1912…

La course sera disputée sur deux jours.


L'américain David Bruce-Jones remporte la première manche devant Georges Boillot (Peugeot), Louis Wagner (FIAT) et Dario Resta (Sunbeam). Le lendemain voit la victoire sous la pluie de Boillot devant Wagner et les Sunbeam de Rigal, Resta et Medinger. Boillot obtient donc la victoire au classement général sur une Peugeot L76.

Sur la photo de Lartigue, le n° 6 apparaît clairement.

Or les archives de l’AC montre que cette voiture… n’est jamais partie !

Donc pas de n° 6 en 1912…

En 1913, le Grand Prix de France est organisé à Amiens le 12 juillet.

Le n° 8, Georges Boillot, sur une Peugeot EX3, remporte la course en 7h53m56s et… René Croquet, inscrit sous le n° 6 avec une Th Schneider, termine en 10ème position en 9h12m52s.

Cette course coûta la vie à deux pilotes Bigio et Zuccarelli.

Le 14ème Grand Prix de l'Automobile Club de France, le 4 juillet 1914 se dispute à Lyon. René Champoiseau, sur la Th Schneider n° 6, termine en 9ème position.

Croquet ou Champoiseau ?