Nicéphore qu’as-tu donc fait ?

Images volées, interdites, achetées, souhaitées… L’image foisonne, se répand par l’effet des nouvelles techniques : révolution des médias, transformation des cultures, multiplication des apparences. L’image est omniprésente.

Mais si la photographie est connue du fait de sa banalisation, sa nature et ses effets demeurent méconnus. Elle est tout à la fois sollicitée par le désir d’images et redoutée ou méprisée, vue comme une ouverture sur le monde et comme un instrument d'assujettissement aux mains des manipulateurs.

« L'image est facile à comprendre et accessible à tout le monde » . Sa particularité consiste à s'adresser à l'émotivité ; elle ne laisse pas de temps à la réflexion et au raisonnement comme une conversation ou la lecture d'un livre. C'est dans son immédiateté que réside sa force et aussi son danger.

La photographie a multiplié l'image par milliers de milliards, et pour la plupart, le monde n'est désormais plus évoqué mais présenté.

En s'adressant à la sensibilité, la photographie est douée d'une force de persuasion qui est consciemment exploitée par ceux qui s'en servent comme moyen de manipulation car « elle représente la réalité tandis qu'un dessin est moins crédible ».

La liberté de diffuser une image se trouve donc à la croisée de nombreux concepts : la protection de la vie privée, le droit à la dignité humaine, la liberté d’expression (et le droit à l’information), la jouissance paisible de sa propriété.

Une rapide lecture de la jurisprudence française pourrait faire croire à un chaos, à un système du « cas-par-cas » sans principes généraux avec l’aléa correspondant, ce qui n’est pas pour rassurer les plaideurs.

Depuis 10 ans, les hautes juridictions françaises et communautaires ont pourtant tenter de cerner au mieux ce qui est en fait au centre du débat, à savoir « le droit à l’information du public ». Et cela va même peut-être au-delà, c’est-à-dire vers un concept assez nouveau, à tout le moins en droit français, celui de « dignité de la personne humaine ».

Mais c’est aussi l’avenir de la photographie, en tant qu’illustration, qui est en jeu. Peut-on, doit-on tout montrer ? La photographie a-t-elle un si grand pouvoir qu’elle cristallise aujourd’hui à elle seule tous ces concepts juridiques et philosophiques ? L’image est-elle devenue si incontournable dans notre « société de l’information » ?

De la Via Veneto et ses paparazzi, en passant par le Pont de l’Alma et les piscines huppées de Monaco, les limites de l’illustration photographique dans la presse apparaissent. Mais il n’y a pas que les êtres humains. Les biens, eux aussi, ne peuvent pas être photographiés aussi facilement.

L’arrêt Erignac rendu en 2007 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme peut servir aussi à « voir » si les photographes ont du souci à se faire…

Suite au prochain numéro...