La fin de l'illustration photographique ? (4)
Par Benjamin Martin-Tardivat le mardi 26 février 2008, 12:26 - Droit à l'image - Lien permanent
Jacques Mesrine donc...

Le 2 novembre 1979, vers 15 h 15, Jacques Mesrine, l’ennemi public No. 1, est abattu par la police porte de Clignancourt, à Paris, dans le 18ème arrondissement, alors qu’il était au volant de sa voiture.
Le cadavre de Jacques Mesrine occupe la « une » des médias, notamment à la télévision.

Deux, ou plutôt, trois remarques.
Tout d’abord loin de moi une comparaison entre l’assassinat politique du Préfet Erignac et la mort, certes violente, de Monsieur Mesrine. Seul ici nous intéresse le traitement des images par la presse et ses conséquences juridiques.
Ensuite, Jacques Mesrine s’est (sait) joué(r) des médias. C’est un professionnel du crime, dont la carrière commence au début des années 1960. Après un séjour au Canada, il devient une figure du grand banditisme. Arrêté en 1973, il s’évade du palais de justice de Compiègne, avant d’être repris la même année par le commissaire Broussard. Condamné en 1977 à 20 ans d’emprisonnement, il s’évade en 1978 de la prison de la Santé. Durant sa cavale, Mesrine accumule les crimes (braquages et enlèvements).
La particularité de Mesrine est de s’être façonné une image auprès des médias et de l’opinion publique, à la différence de la plupart des ennemis publics. Lettre de menaces au journaliste de L’Express, Jacques Derogy, interviews lors de sa dernière cavale, Mesrine ne cesse de lancer des défis aux policiers, à la société, à propos de la prison. L’année 1977 est en cela importante du fait de la publication de son livre, qui provoque un débat sur la sortie du manuscrit de la prison, et le procès, qui marque les annales judiciaires. L’évasion de la Santé entraînera une véritable explosion médiatique.
Et cette explosion connut son apogée avec la publication de la photographie
de son "cadavre"... qui ne posa aucun problème...
Selon l’analyse du cabinet de la ministre de la Justice, la photographie du cadavre du préfet Érignac rentre dans ces dispositions, mais pas celle de Mesrine : « Ce n'est ni un crime ni un délit », la loi ne s’applique donc pas !
Or, n’y-a-t-il pas là matière à confronter cette image, sa publication et,
par exemple, le droit des victimes ?
Ce sera le dernier point.
Le débat porte notamment sur l’interdiction de la diffusion de photos de crimes et délits portant atteinte à la dignité des victimes. Le texte de la "nouvelle loi" (1999) vise à préciser l’article 38 du Code pénal de 1939 qui interdit de reproduire « tout ou partie des circonstances d’un des crimes et délits ».
Mais, la presse a-t-elle joué son rôle de « chien de garde » ? La vue du cadavre était-elle nécessaire ? (cette question se pose pour le Préfet comme pour le bandit, les princesses, etc.).
Extraits : « Dix photographies célèbres commentées par le cabinet du ministre » (article paru dans l'édition du journal Le Monde du 12 septembre 1999).
« Assassinat de Robert Kennedy, le 5 juin 1968, à Los Angeles.
Il s'agit de la photo d'un crime. Sa diffusion peut donc tomber dans le champ du projet de loi. Mais peut-on dire que l'image porte atteinte à la dignité de la victime ? Non. C'est ici une représentation de l'assassinat politique dans sa brutalité. Mais la victime conserve sa dignité. Cette photo ne serait pas concernée par le projet de loi.
Attentat, le 25 juillet 1995, au RER Saint-Michel.
Il s'agit d'un crime puisque nous sommes dans le cas de figure d'une victime
d'attentat. Mais la disposition du projet de loi implique que la
« reproduction porte atteinte à la dignité d'une victime ». C'est-à-dire
d'une personne qui soit identifiable. Peut-on considérer que cette personne est
identifiable, puisqu'elle est photographiée de dos ? Oui, car elle est
identifiable par elle-même et par son entourage. Sa dignité est atteinte, car,
personne anonyme, elle se trouve brutalement exposée au regard de millions de
lecteurs dans sa détresse intime. »