On relira avec joie, le premier numéro d’Etudes Photographiques, la revue de la Société Française de Photographie. La PETITE HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE de Walter Benjamin


Disponible dans les bonnes librairies, nous dit in fine :

« Mais une chose est passée inaperçue de Wiertz comme de Baudelaire, c'est l'injonction qui repose dans l'authenticité de la photographie. Si un reportage dont les clichés n'ont d'autre effet que de s'associer par le biais du langage permet de l'escamoter, cela ne sera pas toujours possible. L'appareil photo deviendra toujours plus petit, toujours plus prompt à saisir des images fugaces et cachées, dont le choc éveille les mécanismes d'association du spectateur. Ici doit intervenir la légende, qui engrène dans la photographie la littéralisation des conditions de vie, et sans laquelle toute construction photographique demeure incertaine. Ce n'est pas en vain que l'on a comparé les clichés d'Atget au lieu du crime. Mais chaque recoin de nos villes n'est-il pas le lieu d'un crime ? chacun des passants n'est-il pas un criminel ? Le photographe (successeur de l'augure et de l'haruspice) n'a-t-il pas le devoir de découvrir la faute et de dénoncer le coupable sur ses images ?

« L'analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l'écriture, a-t-on dit, mais celui qui ignore la photographie. » (Moholy-Nagy (1928), p. 5 (cité dans la traduction de Catherine Wermester, p. 195). Benjamin avait déjà cité dès 1928 la célébrissime formule du professeur du Bauhaus, dans son article sur Blossfeldt ("Neues von Blumen", p. 151).

Mais ne vaut-il pas moins encore qu'un analphabète, le photographe qui ne saurait pas lire se propres épreuves ?

La légende ne deviendra-t-elle pas l'élément le plus essentiel du cliché ? Telles sont les questions par lesquelles les neuf décennies qui séparent les contemporains de la daguerréotypie déchargent leurs tensions historiques. C'est à la lueur de ces étincelles, sortant de l'ombre du quotidien de nos grands-pères, que se montrent les premières photographies, si belles et inapprochables. »