Le rapport Attali est arrivé
Par Benjamin Martin-Tardivat le jeudi 24 janvier 2008, 08:20 - Humeur du jour - Lien permanent
Alors que les Conseils en Propriété Industrielle (CPI) discutent d’une probable (souhaitable ?) fusion avec les avocats, les « hasards du calendrier » font que le « Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française » établi sous la présidence de Jacques Attali vient de paraître.
Un certain nombre de mesures sont proposées en ce qui concerne les métiers du Droit. Même si les CPI ne sont pas directement mentionnés, leur Compagnie Nationale devrait néanmoins lire attentivement ce rapport.
Mais il est effectivement possible que certains CPI n’aient toujours pas compris (ou ne veuillent pas comprendre) que « la plupart des secteurs de l’économie ont dû évoluer profondément depuis plus de trente ans pour s’adapter à une concurrence mondiale accrue. (…) À l’intérieur même de certaines professions réglementées, l’ouverture à la concurrence internationale a permis de moderniser les services offerts aux clients sans affaiblir la qualité des professionnels… » (pages 156 et suivantes).
Le rapport est explicite :
« La réforme des professions réglementées dans l’univers du droit est
devenue particulièrement urgente pour quatre raisons majeures. • Les
professionnels du droit contribuent, à des degrés divers, à la prévisibilité
des rapports individuels, sociaux et commerciaux, et même souvent à l’exercice
de la justice. À ce titre, la qualité des professionnels qui interviennent dans
ce secteur est une préoccupation publique légitime. De plus, le principe d’un
égal accès au droit et à la justice peut requérir des interventions publiques
pour aménager le fonctionnement mécanique du marché.
• Certaines professions juridiques sont néanmoins restées à l’abri, plus que
toute autre activité économique, des transformations du monde qui nous entoure.
Le poids des traditions y est plus fort que dans la plupart des autres
activités. Ces réalités ont conduit à laisser subsister, dans certains métiers
du droit, des modes d’organisation économique hérités du passé que plus rien ne
justifie aujourd’hui et sans lien avec le contrôle légitime de la compétence
des professionnels et la surveillance de leurs activités.
• Une plus grande efficacité de notre système judiciaire, tout comme de
meilleures conditions de performance des professionnels du droit, ont un impact
structurant sur la croissance économique en facilitant la fluidité de la
résolution des conflits, une meilleure intégration dans les échanges
internationaux, un accès moins coûteux aux procédures et une circulation plus
rapide des actifs.
• Les mécanismes de restriction de l’offre freinent dans certaines
professions juridiques le développement de l’innovation et de l’emploi alors
que dans d’autres professions juridiques plus ouvertes, de réelles
spécialisations se sont peu à peu mises en place, permettant de mieux traiter
la diversité des demandes des usagers et des clients.
Diverses formes de décloisonnement de certaines professions juridiques doivent être envisagées pour moderniser l’offre de services.
Même si chaque profession juridique prise isolément peut apparaître comme un enjeu de faible importance, il convient d’engager une modernisation d’ensemble de l’organisation économique de ce secteur. Cette modernisation permettrait de faire de Paris une place juridique importante et de renforcer l’influence du droit français.
DÉCISION 213
Supprimer totalement les avoués près les cours d’appel (444 avoués regroupés en 235 offices).
Il convient donc de supprimer la profession d’avoué près les cours d’appel et de permettre à tous ces professionnels de devenir avocats.
DÉCISION 214
Supprimer le numerus clausus pour les mandataires des procédures collectives.
DÉCISION 215
Supprimer le numerus clausus pour les avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation.
Les avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation, au nombre de 93 et répartis dans 60 cabinets (nombre fixé en 1817), sont propriétaires de leurs charges et ont le monopole de la représentation devant les deux plus hautes juridictions de l’ordre administratif et de l’ordre judiciaire. Il convient donc de supprimer le numerus clausus dans ce domaine et d’ouvrir l’examen de qualification aux avocats souhaitant se spécialiser dans ces procédures. Cette spécialisation pourrait être attribuée par une plus grande ouverture de l’examen, d’une part en associant au jury compétent avocats, magistrats et professeurs d’université, et d’autre part en tenant compte notamment des années de pratique professionnelle chez les actuels avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation.
DÉCISION 216
Ouvrir largement l’accès aux professions juridiques délégataires d’une mission de service public.
Tout en maintenant des critères très stricts de qualification, de compétence et d’expérience professionnelle, il convient d’accroître massivement le nombre des offices notariaux et de mettre fin à l’organisation administrée de l’offre. • Ouvrir totalement l’accès à la profession à tout détenteur d’un diplôme spécifique, en ne maintenant que les exigences de qualification, d’expérience et de moralité. • Créer, pour assurer une présence homogène des notaires sur le territoire, condition de l’égal accès au droit, une taxe touchant les offices réalisant un nombre d’actes supérieur à la moyenne. Cette taxe alimentera un fonds destiné à subventionner les notaires installés dans des zones moins rémunératrices. • Supprimer les tarifs réglementés et les remplacer par des tarifs plafonds. • Autoriser le rapprochement des études de notariat et des cabinets d’avocats.
DÉCISION 217
Adapter les conditions d’exercice pour les avocats, les experts comptables et les commissaires aux comptes.
La profession d’avocat est fortement réglementée dans son exercice, mais faiblement encadrée dans ses modes d’organisation économique. L’enjeu pour la croissance française est significatif, car le développement international des cabinets d’avocats est un vecteur d’influence réel. Or, aujourd’hui, les cabinets de plus de 50 salariés ne représentent que 0,2 % des cabinets français et 13,3 % du chiffre d’affaires. Une plus forte concentration des cabinets français est donc nécessaire face aux « majors » anglais et américains déjà très présents dans l’hexagone.
De même, cette faiblesse des fonds propres fait souvent obstacle à la constitution de cabinets pluridisciplinaires, qui sont pourtant seuls à même d’offrir une gamme de services joints susceptibles de répondre aux demandes fluctuantes des entreprises.
En conséquence, il convient de permettre à des tiers d’investir dans les fonds propres de cabinets d’avocats, d’experts-comptables et de commissaires aux comptes en imposant une détention minimale de 51 % du capital et de droits de vote par les professionnels travaillant dans ces structures.
Le respect des règles déontologiques applicables aux avocats, aux experts-comptables et aux commissaires aux comptes, notamment en termes de confidentialité et de conflit d’intérêts, devra être strictement maintenu. »
CPI, avez-vous compris ?
Commentaires
Non, je ne comprend pas la dernière remarque.
Aujourd'hui, le capital d'une société de conseil en propriété industrielle peut être détenu jusqu'à 50% par des non conseils en propriété industrielle voire 75% dans certains cas (cf L.422-7 et R.422-7 du Code de la ropriété Intellectuelle).
La profession de Conseil en Propriété Industrielle ne remplie-t-elle donc pas déjà les objectifs du rapport Attali repris dans votre commentaire ?
Samuel Le Cacheux (CPI)
Merci pour votre commentaire.
Les dispositions de l'article L. 422-7 précisent, sauf erreur, que les CPI doivent détenir « plus de la moitié du capital social et des droits de vote » lorsque la profession est exercée en société. Au regard de la « puissance » économique de certains acteurs du marché (je pense bien évidemment aux avocats), il est évident que jamais ils ne s'associeront à des sociétés dont ils ne pourront jamais détenir la majorité.
En ce qui concerne l'article R. 422-7 les prestataires de services dont il est question doivent exercer à titre principal l'une des activités ci-après : « 1° Construction de prototypes ; 2° Rapprochement entre offres et demandes de licences ; 3° Création de marques ; 4° Financement de l'innovation ».
Combien de CPI ont, depuis 1992, effectivement lié de telles alliances ?
De plus, ce n'est peut être pas les seules « extensions » souhaitables pour la profession de CPI qui semble décidément bien fermée sur elle-même. Quoique…
Avez-vous reçu la résolution pour l'Assemblée Générale de la CNCPI du 29 janvier 2008 (ce jour) ?
Avez-vous eu connaissance de la position du Bâtonnier Paul-Albert Iweins, Président du Conseil National des Barreaux ?
Enfin je ne peux résister à citer un courriel de la semaine dernière…
« Je suis tout à fait d'accord avec P…. sur la baisse des revenus de la profession. Il y a une trentaine d'année, notre ancien confrère parisien M… me disait déjà que son Père avait les moyens d'acheter un immeuble par an alors qu'il pouvait tout juste acheter un appartement par an. Je propose de ne plus parler de fusion mais de lancer une quête en faveur des confrères nécessiteux. Votre infortuné confrère… »
P… écrivait en effet : « Il ne faut pas hésiter à placer le débat sur un plan purement économique. Nous ne devons pas oublier que nous sommes une profession d'entrepreneurs et que cette unification nous apporte une solution à nos problèmes actuels, des débouchés pour le futur et un avenir meilleur pour nos jeunes (je n'irai pas jusqu'à le qualifier de radieux mais..). Depuis quelques années, dans l'ensemble, les avocats plaident toujours, avec des marges confortables et déposent avec des marges assez confortables, les conseils ne plaident pas, ont du mal à facturer le "pur juridique" car le client considère qu'il s'agit d'une contrepartie de la gestion du portefeuille et déposent avec des marges de plus en plus petites. Chacun en tant qu'entrepreneur doit prendre son cabinet dans sa globalité avec toutes ses sources de profit, juridique et technique, et considérer que chaque nouvelle source de profit doit être prise en compte en gardant bien présent à l'esprit que les sources classiques telles que les dépôts, les extensions, les traductions sont perdues et ne reviendront jamais… »
Sans polémiquer plus avant, il est certain que le caractère (théoriquement) bicéphale de la profession n'aide pas à un règlement simple de l'unification et/ou de l'inter-professionalité et/ou du statu quo…
La solution est d'ailleurs peut-être dans une scission juristes-avocat, ingénieur-CPI…
Réponse souhaitée par la Chancellerie le 22 février 2008…
En attendant, je vous invite à consulter ce blog http://breese.blogs.com/
Enfin, je tiens à vous faire part d’un article publié dans le journal Le Monde en date du … 25 octobre 1989 : « Le développement et la protection de l'innovation Les conseils en brevets élargissent leur champ d'action » (Caroline Monnot).
De brefs passages montrent la « lente », très « lente » évolution de la profession.
« Consultants discrets, les conseils en brevets jouent un rôle crucial dans le développement des innovations et leur utilisation stratégique. Menacés sur l'Hexagone par les professions juridiques, étouffés au-delà des frontières par leurs puissants confrères européens, ils devraient pouvoir prochainement élargir leurs prérogatives. (…)
Conseil en brevets, d'invention : le titre peut prêter à sourire tant il déclenche irrévocablement des visions de professeurs Nimbus et évoque le concours Lépine. La réalité est bien différente. Ces deux cent trente spécialistes inscrits auprès de l'organisme qui, en France, instruit les dépôts de brevets (…) sont des spécialistes très pointus soumis à des règles de qualification et de déontologie des plus contraignantes. (…) en 1988, les cent trente cabinets de conseil en brevets ont dégagé un volume d'affaires de 2,6 milliards de francs.
(…) la nouvelle génération (celle des quadragénaires) n'a aucun scrupule à manier la protection de l'innovation à des fins offensives. Autre activité en vogue parmi les jeunes loups de la propriété industrielle : l'évaluation de portefeuilles brevets lors de cession, rapprochement ou fusion d'entreprises.
Cette agitation tous azimuts ne laisse pas d'étonner de la part d'une profession qui, jusqu'ici, faisait surtout figure de belle endormie. Comme le résume l'un de ces experts, le raisonnement tenu est le suivant : " A douze mille brevets nationaux déposés chaque année en moyenne à l'INPI, notre base de développement est des plus réduites. Les brevets étrangers, plus nombreux, nous cantonnent au rôle de traducteur technique. Pourquoi, dès lors, ne pas élargir notre palette d'activités ? "...
Direction la CNCPI, ce jour...
La profession d’avocat est fortement réglementée dans son exercice
moi aussi je ne comprend pas la dernière remarque.