Guttenberg
Par Benjamin Martin-Tardivat le mercredi 6 février 2008, 08:57 - Histoire du droit d'auteur - Lien permanent
On continue notre histoire du droit d'auteur avec la "multiplication des pains".
Le premier best-seller de l’imprimerie à caractères mobiles est la Bible de Johann Guttenberg (orfèvre), associé à Johann Fust (banquier) et Peter Schöffer (fondeur), fabriquée entre 1450 et 1455 : 1284 pages disposées sur deux colonnes et comptant quarante-deux lignes par colonne. Enea Silvio Piccolomini (le futur pape Pie II) raconte qu’il en a vu des feuillets imprimés à la foire commerciale de Francfort. Ecrivant le 12 mars 1455 au Cardinal de Carvajal, il fait part de son désappointement : « Je m’efforcerai si c’est possible, de faire venir une de ces bibles à vendre et je l’achèterai pour toi. Ce que je crains, c’est que ça ne soit pas possible, à cause de la distance du chemin et parce que, dit-on, avant que les volumes fussent finis, il y avait des acheteurs tout prêts. ».

Les textes alors disponibles sont en général des textes anciens, juridiques ou religieux.. Mais la rapidité, l’uniformité des textes et le coût relativement réduit de ces éditions modifie totalement la lecture et l’économie de l’édition.
En 1455, Guttenberg parvient à imprimer 300 feuilles par jour, plus de 40 000 titres seront publiés entre 1450 et 1500 et sous Richelieu, Paris produira plus d’un million de livres : on estime que 150 000 à 200 000 éditions furent tirées à quelques 200 millions d'exemplaires tout au long du XVIème siècle.
Ce nouveau mode de diffusion, redoutablement efficace, l’effervescence intellectuelle et l’extension des couches sociales éduquées, conduisent inévitablement à un contrôle souverain qui entend, officiellement, à côté des manuscrits anciens, ériger en patrimoine les livres imprimés. Une collection royale, dont la Bibliothèque nationale de France est l'héritière, est ainsi crée par François Ier par le biais de l’ordonnance de Montpellier (1537) : chaque imprimeur doit déposer auprès de cette bibliothèque deux copies du livre qu’il produit.
De ce recensement a posteriori, nous passons avec l’édit de Châteaubriant (1551), l’ordonnance de Moulins (1566) et le Registre du Syndic de 1610, à un système d’examen a priori. La censure légale s’installe.
Les imprimeurs obtiennent des « lettres privilèges » dans lesquelles leur nom et demeure sont indiqués, sans toutefois mentionné l’auteur, et acquièrent un véritable monopole d’exploitation d’une œuvre, afin de s’en assurer l’exclusivité et les rentrées d’argent correspondantes.
A l’inverse de ces registres de livres autorisés, l’Eglise instaure, avec le concile de Trente, l'Index (1557), catalogue de livres prohibés, périodiquement mis à jour, et qui ne disparaîtra définitivement qu'en 1966.
Celui qui produit le support matériel est seul titulaire des droits.