La phrase du jour (70)
Par Benjamin Martin-Tardivat le lundi 16 juin 2008, 09:01 - Humeur du jour - Lien permanent
"Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils."
Jules Renard est né le 22 février 1864, à Châlons-du-Maine (Mayenne); dès l'âge
de deux ans toutefois, il arriva dans la Nièvre à Chitry-les-Mines, pays de son
père. Il pourra donc, plus tard, écrire fort justement : "J'ai le droit de
me dire enfant, enfant par le cœur, de Chitry-les-Mines. C'est bien là que sont
nées mes premières impressions". "Poil de Carotte" (troisième enfant de la
famille, qui n'était pas désiré), comme le surnomme sa mère, vivra à Chitry son
enfance, dans une maison qui existe encore et qu'il décrira comme "la plus
belle, la plus frappante du village". C'est toujours là qu'ensuite, de 1875 à
1881, pensionnaire à Nevers, il passera ses vacances scolaires. De fin 1881 à
1910, année de sa mort, Jules Renard résidera principalement à Paris. Il
séjournera cependant le plus fréquemment possible dans la Nièvre, surtout à
partir de 1886, date à laquelle il loue à Chaumot, commune limitrophe de
Chitry, une maison, que l'on peut toujours voir, surplombant l' Yonne et le
Canal du Nivernais, et qu'il baptisera "la Gloriette ".
L'attachement de Jules Renard pour "sa petite patrie" le conduira à être élu
conseiller municipal de Chaumot en 1899 puis maire de Chitry de 1904 à sa mort.
Si sa vie est inséparable de Chaumot et de Chitry, son oeuvre littéraire en est
tout autant imprégnée. Qu'il s'agisse de "Poil de Carotte", son livre le plus
connu, du "Vigneron dans sa vigne", d' "Histoires naturelles", de "Bucoliques"
ou de son célèbre "Journal", Renard puisera très souvent son inspiration dans
la campagne nivernaise et parmi ses "frères farouches". C'est enfin à Chitry
que, mort à 46 ans, il sera inhumé le 24 mai 1910.
Ecrivain éminemment classique, membre de l'Académie Goncourt, ses livres,
empreints d'humour et de poésie, ont fait et font l'objet de nombreuses
éditions tant en France qu'à l'étranger. Ses œuvres complètes ont été notamment
publiées, en trois volumes, par la N.R.F. dans la Bibliothèque de la
Pléiade.
VALLOTON (F.) & RENARD (J.) Poil de Carotte Paris, Flammarion, 1902, in-12,
demi-maroquin bleu à coins, dos à nerfs orné, couverture et dos, tête dorée,
non rogné (V. Champs)

Première édition illustrée, en partie originale, de ce récit autobiographique
composé de 48 chapitres. Publié pour la première fois en 1894, l'ouvrage fut
réédité par Flammarion. À cette occasion, l'auteur ajouta cinq nouveaux
chapitres : Le Pot, La Mie de pain, La Mèche, Lettres choisies de Poil de
Carotte et quelques réponses de M. Lepic à Poil de Carotte et Les Idées
personnelles. 50 dessins de Félix Valloton (1865-1925).Jules Renard admirait
l'artiste, auquel il confia un jour : "Vous avez une troublante manière
d'être simple".
Collaborant tous deux à la Revue Blanche, ils entreprirent ensemble quelques
livres illustrés, La Maîtresse et Histoires naturelles en 1896, et Poil de
Carotte. Celui-ci est certainement le plus abouti et le dernier d'une
association à laquelle Félix Valloton ne donna pas suite, malgré la proposition
de l'écrivain pour L'Ecornifleur. Sa mise en chantier fut des plus simples.
"Mon cher Valloton", lui écrivit le 21 juin 1902 Jules Renard, "1° Est-ce que
ça vous amuserait d'illustrer – en toute liberté –Poil de Carotte (le roman),
pour Flammarion ? 2° Feriez-vous ce travail pour la rentrée prochaine
?".
Rapidement exécutés, ces dessins donnèrent entière satisfaction à l'éditeur,
comme le lui répéta l'écrivain, qui lui demanda, dans le courant du mois
d'octobre, cinq dessins supplémentaires correspondant aux chapitres ajoutés. Le
21 janvier 1903, l'écrivain annoncait à Louis Merclet : "Vous recevrez
prochainement un Poil de Carotte nouveau avec de curieux dessins de
Valloton".
Compter 10 000 Euros... pour l'un des 20 premiers exemplaires sur papier
japon.Victor Champs exerça à son compte à partir de 1868. Ses reliures étaient
appréciées pour la qualité du corps de l'ouvrage. Il mourut en 1912.
Dimensions : 181 x 115 mm. J. Renard, Lettres retrouvées, 1884-1910, pp.
174-176 ; Jules Renard, Journal, 1887-1910, La Pléiade, p. 1374.