38,6 millions de dommages-intérêts...
Par Benjamin Martin-Tardivat le mardi 1 juillet 2008, 08:26 - Jurisprudence - Lien permanent
Le tribunal de commerce de Paris a rendu, le 30 juin 2008, trois décisions
sanctionnant la responsabilité d’eBay dans la vente de produits contrefaisants
ainsi que dans la commercialisation en dehors des réseaux de distribution
sélective de parfums Dior, Kenzo, Givenchy et Guerlain. Le montant cumulé des
dommages et intérêts alloués dans ces trois jugements avoisinent les 40
millions d’euros. L’exécution provisoire de ces décisions a été ordonnée.
Selon les juges, eBay ne peut pas invoquer le régime dérogatoire de
responsabilité des hébergeurs car son activité principale relève de
« l’intermédiation entre vendeurs et acheteurs ». Ainsi, en tant que
courtier, le site de vente aux enchères est soumis au régime commun de la
responsabilité civile. Or, les magistrats relèvent qu’eBay a manqué à plusieurs
de ses obligations, notamment celle de vérifier que les vendeurs réalisant un
nombre important de transactions sont immatriculés auprès du registre du
commerce et des sociétés ou du répertoire des métiers. Mais ils lui reprochent
surtout de n’avoir pas respecté son obligation de s’assurer que son activité ne
génère aucun acte illicite, à savoir la vente de produits contrefaisants ou la
violation des réseaux de distribution sélective.
Dans les décisions Christian Dior Couture et Louis Vuitton Malletier, ils
estiment qu’eBay aurait dû mettre en place des mesures efficaces contre la
contrefaçon comme l’obligation, pour les vendeurs, de fournir une facture
d’achat ou un certificat d’authenticité. Ils mettent également en avant le fait
que les annonces portant sur des ventes de produits contrefaisants sont
facilement identifiables soit par la mention « contrefaçon » qui
apparaît parfois clairement, soit au regard du prix de vente. Les juges en
déduisent qu’eBay est responsable à la fois du préjudice lié à l’atteinte aux
droits de propriété intellectuelle mais aussi du préjudice causé à l’image de
ces deux sociétés. Selon eux, celui-ci ne s’apprécie pas au regard des
investissements réalisés pour promouvoir les marques concernées mais au regard
des revenus perçus par eBay grâce à l’insertion et la mise en valeur des
annonces illicites.
Dans la décision relative à la vente des parfums Dior, Kenzo, Givenchy et
Guerlain, les juges soulignent l’absence de programme visant à lutter contre
les atteintes aux réseaux de distribution sélective malgré les demandes
répétées des sociétés demanderesses. De nouveau, ils mettent l’accent sur la
facilité d’identifier les annonces portant sur des ventes illicites, le nom des
parfums apparaissant clairement. Ils vont encore plus loin dans cette logique
puisqu’ils interdisent à eBay de diffuser des annonces concernant ces parfums
sous astreinte de 50 000 euros par jour de retard. En effet, ils estiment
qu’eBay a engagé sa responsabilité et a commis des fautes d’abstention, de
négligence et de parasitisme. eBay a interjeté appel de ces trois
jugements.