"Deux livres publiés en deux ans ont fait de Michael Baxandall, mort à Londres le 12 août à l'âge de 74 ans, l'une des grandes figures de l'histoire de l'art. En 1971, il publie Giotto and the Orators - traduit en 1989 au Seuil - et, l'année suivante, Painting and Experience in Fifteenth Century Italy, que les lecteurs français connaissent sous le titre L'Œil du Quattrocento depuis sa traduction (Gallimard, 1985), son ouvrage le plus retentissant.



Dans le premier de ces livres, Baxandall s'attache à lier l'art pictural et l'art de la rhétorique entre 1350 et 1450. Le sous-titre indique l'ambition de l'auteur : Humanist observers of painting in Italy and the discovery of pictural composition. Il s'agit pour lui d'en finir avec le cloisonnement entre l'étude des différents arts et d'inciter les historiens de l'art à lire les auteurs contemporains des artistes qu'ils examinent, au lieu de s'en tenir à des considérations de catalogues, nécessaires mais très insuffisantes.

L'Œil du Quattrocento s'aventure plus loin : il se fonde sur la conviction que les contemporains de Paolo Uccello et de Piero della Francesca regardaient leurs oeuvres tout autrement qu'on ne le fait aujourd'hui. Ils les regardaient selon d'innombrables données, perdues ou négligées désormais, selon la rhétorique, la théologie et la poésie, évidemment ; mais aussi selon les usages de la danse et de la vie de cour, selon le degré de familiarité des "regardeurs" avec la géométrie et la perspective et, tout autant, selon la préciosité et le coût des matériaux employés par l'artiste.

Conséquence immédiate de cette réflexion : les histoires culturelle et sociale deviennent des éléments essentiels de la compréhension des oeuvres. Michael Baxandall rompt ainsi d'un coup avec la conception close sur elle-même de l'histoire de l'art bornée à l'attributionnisme et aux monographies. Il affirme, en somme, qu'elle est l'une des sciences humaines et doit se développer au contact de toutes les autres.

Ayant nommé son concept "period eye"...

La suite sur Le Monde du 27.08.08 et l'excellent article de Philippe Dagen