BREVES HISTOIRES DE MIROIRS (1)
Par Benjamin Martin-Tardivat le samedi 1 novembre 2008, 15:13 - Droit à l'image - Lien permanent
Questions…
…de définitions.
« Objet constitué d’une surface polie (de verre étamé ou, pour les modèles
les plus anciens, de métal) entourée ou non d’un cadre, qui réfléchit la
lumière, les personnes et les choses, utilisé notamment pour la toilette ou
comme élément de décoration. » (Trésor de la Langue Française).
En informatique, un miroir est une copie exacte d’un ensemble de données. Sur
Internet, un site miroir est une copie exacte d’un autre site Internet. Les
sites miroirs existent surtout afin de fournir plusieurs copies de la même
information, en particulier pour les téléchargements de grande envergure. Un
miroir est alors à sens unique.
…de techniques.
Les Anciens ne connaissaient guère que les miroirs de métal poli,
essentiellement de bronze, alliage de cuivre, d’étain et de fer, utilisé en
tôle mince.

Le disque réfléchissant était terminé par une tige et un manche en bois ou en
ivoire ; parfois, il était muni d’un pied, figurant généralement une
silhouette féminine ou masculine, ou encore d’un anneau pour être fixé au mur.
De petite taille (quinze ou vingt centimètres de diamètre), ces miroirs étaient
souvent décorés, au dos, de scènes mythologiques. Un boîtier, un morceau
d’étoffe les protégeaient de l’oxydation.

L’Égypte, Mycènes, la Grèce, les Étrusques, Rome ont utilisé ces miroirs de
bronze, d’argent et parfois d’or, inventant de nouvelles formes et modifiant
l’alliage. Outils nécessaires à la toilette, ils servaient aussi à la
décoration. Chez les riches Romains, raconte Sénèque, ils atteignaient une
taille telle qu’on s’y voyait tout entier.
Les Anciens ont-ils connu le miroir de verre ? Selon Pline l’Ancien, les
miroirs en verre auraient été inventés à Sidon, la phénicienne, dont
effectivement les ateliers verriers étaient réputés à la fin de la République
et au début de l’Empire. Nous n’avons cependant aucune information sur le
moment précis où ce nouveau type de miroir fut introduit en Italie. Au moins le
premier siècle de l’Empire l’a connu, et sans doute déjà les dernières années
de la République. Mais il est certain que le miroir de bronze, longtemps
encore, fut utilisé concurremment, et sans doute principalement.
Les miroirs convexes en verre doublé de plomb exhumés des tombes sont obtenus
au moyen d’une canne à souffler le verre, et recevaient dans leur courbure un
tain de plomb fondu, ou une couche d’or ou d’étain.
Mais, pendant des siècles encore, tant qu’on ne saurait pas fabriquer du verre
blanc, mince et plat, on ne pourrait obtenir un miroir de verre clair et non
déformant. Les miroirs de verre qu’évoquent quelques auteurs du Moyen Âge sont
de petits miroirs bombés, de médiocre qualité, mais déjà jugés supérieurs aux
miroirs de métal. Ce sont ces miroirs, appelés « miroirs de sorcière »,
que représentent les tableaux flamands : celui qui est posé sur la table
du Prêteur et sa femme, 1514, de Quentin Metsys, celui qui pend au mur de la
chambre du Mariage de Giovanni Arnolfini, 1434, de Jan van Eyck ; c’est
aussi dans un miroir bombé que se mire, fascinée, la licorne de l’allégorie de
la vue dans la tapisserie La Dame à la licorne...

Pas plus grands qu’une soucoupe et toujours bombés, ils déforment l’image. Ces
miroirs étaient fabriqués en soufflant une boule de verre fixée à un pointil et
à laquelle était imprimée une rotation rapide : le verre s’évase alors en
une sorte de plateau dans lequel on peut découper de petits carreaux. Pour
obtenir un miroir, il fallait ensuite pratiquer l’étamage, c’est-à-dire
appliquer du plomb à froid dans la partie concave. Cette dernière opération a
évolué lentement.
On a d’abord remplacé le plomb par l’étain puis, au début du XVIème siècle, les
miroitiers ont utilisé le mercure, comme semble l’indiquer le grand trafic de
vif-argent transitant alors par Anvers. Un alchimiste italien, Fioravanti,
parle de miroitiers allemands qui appliquent dans le globe de verre « une
mixtion faite de plomb, d’estain, d’argent et de lie de vin ». Le miroir de
verre étamé ne rendait qu’une image bien imparfaite. Il ne détrône d’ailleurs
pas encore le miroir d’acier, à la fois plus grand et plus maniable, utilisé
pour la toilette. Mais sa vogue, amorcée dans les châteaux, augmenta bientôt,
gagnant les demeures bourgeoises.
…d’optique
Archimède, entre 215 et 212 av. J.-C., se serait servi de miroirs concaves pour
concentrer les rayons du Soleil et enflammer les voiles des navires romains qui
attaquaient Syracuse (« miroir ardent »). Cette propriété de focalisation
est utilisée de nos jours dans les télescopes ainsi que pour le four solaire
d’Odeillo.
Le champ de vision humain étant limité, en réfléchissant les rayons venant
d’une autre direction, un miroir permet d’étendre ce champ de vision dans
d’autres directions (mais il masque une partie du champ de vision
direct).
Les miroirs évoqués ci-dessus ont pour but de donner une représentation fidèle
(ou légèrement déformée mais agrandie) des objets. Mais un miroir peut aussi
donner une vision volontairement déformée, par exemple dans les miroirs
déformants des attractions de foire.
Les anamorphoses à miroir permettent grâce à l’interposition d’un miroir
cylindrique ou conique de faire apparaître une image qui est la réflexion d’une
image déformée conçue à cet effet. L’image déformée est peinte sur une surface
plane autour d’un emplacement prévu du miroir ; ce n’est qu’en y
installant le miroir que l’image apparaît non déformée sur la surface du
miroir. Répandu au XVIIème et XVIIIème siècle, ce procédé d’anamorphose a
permis de diffuser caricatures, scènes érotiques et scatologiques, scènes de
sorcellerie et grotesques qui se révélaient pour un public confidentiel lorsque
le miroir était positionné sur la peinture.

Istvan Orosz, Images
Les miroirs réfléchissent les rayons de manière symétrique, loi décrite par
Descartes au XVIIème siècle. Ainsi, si l’on voit un objet, à partir de
l’orientation du miroir (angle que fait sa surface avec l’axe de vision), on
peut déterminer la direction dans laquelle se trouve l’objet observé. Ce
principe est utilisé dans les sextants pour déterminer la hauteur d’un astre
(angle par rapport à l’horizon), et par les géomètres pour déterminer les
distances.
Un miroir peut réfléchir un rayon lumineux vers l’endroit d’où il vient, après
avoir parcouru une certaine distance. Le temps de trajet de la lumière a ainsi
servi à la mesure de la vitesse de la lumière. Cette vitesse étant connue, on
peut se servir de cette technique pour déterminer les distances ; par
exemple, on a mesuré la distance Terre-Lune à l’aide d’un laser réfléchi par un
miroir placé sur la Lune par une mission Apollo.
…de glaces en miroirs
Lorsque la Galerie des glaces de Versailles fut ouverte au public, en
« avant-première », en 1682, des cris d’admiration saluèrent l’enfilade
des dix-sept croisées de glaces, placées face à chaque fenêtre. L’événement
« lançait » la Manufacture royale des glaces et miroirs fondée par
Colbert en 1665 pour faire face à l’énormité de la dépense que représentaient
les importations de Venise.
Installée rue de Reuilly, elle se voit accorder un monopole pour vingt ans et
divers privilèges. À côté des ouvriers français, travaillaient des
verriers-miroitiers de Murano au savoir-faire inégalé. Mais leur recrutement,
interdit par la République de Venise jalouse d’un monopole qui fait sa fortune,
évoque les péripéties d’un roman d’espionnage industriel (promesses mirifiques,
pressions, meurtres...). En outre, concurrences illicites, importations
clandestines, erreurs de gestion... font du tort à la manufacture. Sans compter
la rivalité qui oppose Colbert à Louvois, ce dernier protégeant une jeune
glacerie naissante du faubourg Saint-Germain. En 1695, Louis XIV ordonne la
fusion des deux glaceries.
La nouvelle manufacture s’installe dans la forêt de Saint-Gobain, en Picardie,
à proximité des matières premières, tout en conservant rue de Reuilly ses
ateliers de polissage et d’étamage. Elle a pour mission de fabriquer des glaces
soufflées et des glaces coulées. Car, vers 1682, à Orléans, Bernard Perrot
avait mis au point le coulage, un nouveau procédé aussi jalousement gardé que
le soufflage à Venise. En 1699, elle présente une glace coulée de 2,70 m sur 1
m ! La mécanisation du travail, l’invention de la soude artificielle sous
l’Empire, l’utilisation de fours Siemens à température constante amélioreront
peu à peu qualité et rendements. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que
l’argenture remplacera l’étamage au mercure, ôtant à la glace ce reflet
grisâtre qui fut celui de tout l’Ancien Régime.
Commentaires
une bonne idee merci, bonne continuation