Droit et Photographie (1)
Par Benjamin Martin-Tardivat le vendredi 12 décembre 2008, 07:18 - Droit à l'image - Lien permanent

« Voilà déjà plus de quinze ans que furent présentés pour la première fois
à notre regard curieux des échantillons d'un art nouveau et mystérieux. Il
s'agissait en l'occurrence de quelques têtes de messieurs âgés, exécutées sur
papier dans une couleur proche du bistre. Les têtes ne dépassaient pas deux
centimètres et demi de longueur, ce n'étaient guère que des taches de lumière
vive et d'ombre, qui ne montraient aucun effort pour idéaliser ou pour adoucir
les duretés et les accidents propres à un genre de physionomie plutôt fruste
(…). Depuis lors, la photographie est devenue un mot et un besoin
quotidiens ; elle est utilisée pareillement par l'art et la science, par
l'amour, les affaires et la justice ; elle se rencontre dans le salon le
plus somptueux comme dans le grenier le plus sordide, dans la solitude du
cottage des Highlands comme dans l'éclat du gin-palace londonien, dans la poche
du détective, dans la cellule du condamné, dans le carton du peintre et de
l'architecte, parmi les papiers et les patrons du filateur et du fabricant, et
sur la poitrine froide du brave sur le champ de bataille. » (Elizabet
Eastlake, La Photographie, 1857).

(Première photographie de Niepce)
Un peu d’histoire
« Le brouillard qui s’étend sur les commencements de la photographie n’est
pas tout à fait aussi épais que celui qui recouvre les débuts de
l’imprimerie ; plus distinctement que celle-ci, peut-être, l’heure était
venue de la découverte, plus d’un l’avait pressenti ; des hommes qui,
indépendamment les uns des autres, poursuivait un même but : fixer dans la
camera obscura ces images, connues au moins depuis Léonard ». (Walter Benjamin,
Petite histoire de la photographie, Die Literarische Welt, 1931).

Il y a presque 200 ans, Joseph-Nicéphore Niépce obtenait une image par camera
obscura (ou chambre obscure camera obscura) sur plaque d’étain polie,
recouverte de bitume de Judée. Il donna à son invention le nom
d’« héliographie ». En 1826, Niépce obtient sa meilleure reproduction
représentant le cardinal d’Amboise. Il la fait graver à l’eau-forte et en fait
tirer deux épreuves en février 1827. Ces images représentent le résultat final
de ce qu’il souhaitait obtenir par l’héliographie : cette photogravure,
obtenue sans retouche, constitue l’origine de la reproduction photomécanique.
Mais le procédé est lent, les tirages approximatifs et les recherches
ruineuses.
Au même moment, Louis Jacques Mandé Daguerre, peintre et décorateur de théâtre,
a lui aussi l'idée de capter les images de la chambre obscure en utilisant des
poudres phosphorescentes. L'image projetée sur cette poudre y demeurait ensuite
visible pendant plusieurs heures avant de d'estomper peu à peu.
Simultanément aux travaux de Daguerre, en 1835, William Henry Fox Talbot, un
Anglais, réalise le premier négatif de l'histoire.
C'est aussi Talbot qui, en
1839, met au point un procédé photographique, le « calotype ». Le support
négatif permet alors d'obtenir un nombre illimité de tirages.
Les deux hommes se reverront lors du retour d'Angleterre de Niépce en février
1828.
Ils commenceront ensuite à échanger des idées par courrier et en 1829, Niépce
offrira à Daguerre de former une association pour contribuer au développement
de l'invention de l'héliographie. Le contrat d'association signé en décembre
1829, Daguerre s'attachera à travailler sur le procédé. Il apportera un
contribution importante puisque les deux hommes inventeront en 1832 un nouveau
procédé : le physautotype. Après la mort de Niépce, Daguerre poursuivra
seul les recherches sur la capture des images et inventera le daguerréotype,
procédé photographique dont la pratique devenait plus aisé puisque le temps de
pose n'était plus que de quelques minutes. Le daguerrotype connaitra un immense
engouement et Daguerre connaîtra la célèbrité dans le monde entier.
Cela aboutit au contrat de 1829 avec le peintre du Diorama, Daguerre.
Niépce meurt en 1833, son associé, Daguerre, reprend avec Isidore Niépce des
recherches dont la solution est différente, la vapeur de mercure étant au
centre de la résolution du problème.
Dès 1837 des résultats patents, mais non performants sont obtenus et quelques
images montrées de brefs instants. Daguerre a deux échéances. On sait que
l'anglais Fox Talbot travaille sur les sels d'argent. On ignore que le
franco-brésilien Hercule Florence, isolé du contexte européen, en fait de même
dès 1833. La seconde échéance est le contrat avec les Niépce qui doit se
résoudre fin 1839 par un retour de toutes les recherches entre les mains
d'Isidore, le fils.
Il usera de toutes sortes de procédures pour obtenir des modifications de
répartition dans le contrat. Il obtiendra d'Arago, en août de " vendre "
l'invention à la France qui en fait don au monde.
La mémoire de Nicéphore Niépce est bafouée par un projet de loi rendu effectif.
Aussitôt des daguerréotypistes parcourent le monde peu ou pas connu pour en
ramener des clichés que la photogravure, plus proche des travaux de Niépce
permettra de diffuser. Mais la photographie, appelée ainsi à partir des autres
procédés qui surgissent rapidement, reste affaire de professionnels. Jusqu'au
jour où George Eastmann remplace dans son " Kodak ", et pour cinq dollars
seulement le film de papier par un support cellulosique de la couche argentique
photosensible, nous sommes dans la décennie 1880. Proches de la fin d'une "
nouvelle technologie ".
Nièpce, Daguerre ou Talbot ?