Brèves histoires de miroirs (4)
Par Benjamin Martin-Tardivat le mardi 10 février 2009, 07:25 - Lire une image - Lien permanent
Thèmes : Reflets d’histoires
Durant l'Antiquité, le thème de la femme au miroir est principalement lié à son
devoir d'être jeune et belle, ainsi qu'à son pouvoir de séduction devant
déboucher sur la procréation. Cette iconographie basée sur l'apparence
extérieure et sur l'exclusivité du pouvoir de procréer, détenu par les femmes,
s'éloigne de la conception introspective de Socrate, plutôt réservée à l'homme.
Cette dichotomie extérieur-intérieur, corps-esprit, action-pensée subsiste
longtemps dans nos civilisations.
Au Moyen Age, les représentations de femme au miroir sont essentiellement des
allégories. Celles-ci peuvent être tantôt positives, comme la Prudence et la
Raison, tantôt négatives, comme la Vanité, l'Envie et l'Orgueil. Ces désordres
de l'âme féminine rappellent la faute commise par Eve, qui peut d'ailleurs être
présentée, elle aussi, avec un miroir.

Dans l'iconographie religieuse, le miroir tenu par Marie évoque qu'elle est le
« Miroir sans tache » de Dieu. Tandis que celui de Marie-Madeleine
rappelle qu'elle a succombé à la vanité et à la luxure. Dans l'iconographie
profane, le miroir est associé à la femme pour dénoncer les abus de sa
coquetterie. L'attrait de la parure et du fard, exercé sur les femmes, ainsi
que le plaisir qu'elles éprouvent à s'admirer sont considérés comme malsains
voire maléfiques. Le Diable, créateur de mensonges et d'illusions, est dès lors
souvent associé à cette iconographie et représenté aux côtés de la
coquette.
Parfois, la vanité de la femme s'auto-admirant dans le miroir est liée à la
représentation de la Mort. Dans ce cas, la belle, perdue dans une profonde
contemplation narcissique, ne remarque pas la Mort qui rôde à ses côtés.
Symbole de la beauté éphémère et du temps qui s'écoule irrémédiablement, cette
iconographie rencontre un succès particulier dans les pays germaniques. Les
représentations de la femme au miroir, au Moyen Age, sont donc, dans la plupart
des cas, des œuvres didactiques, dont la connotation moralisatrice est à mettre
en relation avec le message délivré par la religion chrétienne, alors à
l'apogée de son influence.
Dès la Renaissance, les progrès réalisés en sciences conduisent l'homme à une
meilleure connaissance du corps humain. C'est ainsi que le thème de la femme au
miroir sert aussi de prétexte à l'étude du nu. En outre, les scènes de toilette
sont une des seules occasions pour les peintres d'essayer de capter et de
rendre la sensualité qui émane de la femme nue.
C'est également à la Renaissance qu'un nouveau genre apparaît :
l'autoportrait.