Thèmes : Reflets d’histoires

Durant l'Antiquité, le thème de la femme au miroir est principalement lié à son devoir d'être jeune et belle, ainsi qu'à son pouvoir de séduction devant déboucher sur la procréation. Cette iconographie basée sur l'apparence extérieure et sur l'exclusivité du pouvoir de procréer, détenu par les femmes, s'éloigne de la conception introspective de Socrate, plutôt réservée à l'homme. Cette dichotomie extérieur-intérieur, corps-esprit, action-pensée subsiste longtemps dans nos civilisations.

Au Moyen Age, les représentations de femme au miroir sont essentiellement des allégories. Celles-ci peuvent être tantôt positives, comme la Prudence et la Raison, tantôt négatives, comme la Vanité, l'Envie et l'Orgueil. Ces désordres de l'âme féminine rappellent la faute commise par Eve, qui peut d'ailleurs être présentée, elle aussi, avec un miroir.



Dans l'iconographie religieuse, le miroir tenu par Marie évoque qu'elle est le « Miroir sans tache » de Dieu. Tandis que celui de Marie-Madeleine rappelle qu'elle a succombé à la vanité et à la luxure. Dans l'iconographie profane, le miroir est associé à la femme pour dénoncer les abus de sa coquetterie. L'attrait de la parure et du fard, exercé sur les femmes, ainsi que le plaisir qu'elles éprouvent à s'admirer sont considérés comme malsains voire maléfiques. Le Diable, créateur de mensonges et d'illusions, est dès lors souvent associé à cette iconographie et représenté aux côtés de la coquette.

Parfois, la vanité de la femme s'auto-admirant dans le miroir est liée à la représentation de la Mort. Dans ce cas, la belle, perdue dans une profonde contemplation narcissique, ne remarque pas la Mort qui rôde à ses côtés. Symbole de la beauté éphémère et du temps qui s'écoule irrémédiablement, cette iconographie rencontre un succès particulier dans les pays germaniques. Les représentations de la femme au miroir, au Moyen Age, sont donc, dans la plupart des cas, des œuvres didactiques, dont la connotation moralisatrice est à mettre en relation avec le message délivré par la religion chrétienne, alors à l'apogée de son influence.

Dès la Renaissance, les progrès réalisés en sciences conduisent l'homme à une meilleure connaissance du corps humain. C'est ainsi que le thème de la femme au miroir sert aussi de prétexte à l'étude du nu. En outre, les scènes de toilette sont une des seules occasions pour les peintres d'essayer de capter et de rendre la sensualité qui émane de la femme nue.
L’Albane, La toilette de Vénus, Le Louvre


C'est également à la Renaissance qu'un nouveau genre apparaît : l'autoportrait.