Brèves histoires de miroirs (5)
Par Benjamin Martin-Tardivat le mercredi 11 février 2009, 22:46 - Lire une image - Lien permanent
C'est également à la Renaissance qu'un nouveau genre apparaît :
l'autoportrait.
Le miroir étant l'objet qui permet à l'artiste de reproduire ses traits afin de
les fixer sur la toile, il peut figurer sur l'œuvre. La peinture étant surtout
une activité masculine à l'époque, il existe peu d'exemples d'autoportraits
féminins. Ces quelques cas nous montrent malgré tout que ce genre neuf permet
aussi à la femme artiste de s'affirmer en tant que peintre et en tant que
femme.

Cependant, comme la peinture et la femme sont considérées comme étant toutes
deux au service de la beauté, le miroir présent dans les autoportraits féminins
est associé à un instrument de toilette. Cette confusion, qui amène à confondre
scène d'atelier et scène de toilette, fait que l'autoportrait féminin est
considéré comme narcissique. La relation entre la femme et le miroir est
souvent vue par les hommes comme secrète et mystérieuse. Ce plaisir que la
femme ressent lors de ces moments d'intimité peut aller jusqu'à provoquer la
jalousie de l'homme : l'aimée préférant son miroir de toilette à l'œil de
son amant.
Dès le début du XVIIème siècle, la femme au miroir illustre surtout deux grands
thèmes : la Vanité et les Vénus. Le miroir est ainsi le symbole de la
beauté et du pouvoir de séduction, bien qu'il puisse encore mettre en scène le
narcissisme de la femme qui admire son reflet dans le miroir, en se contentant
de cette relation intime. Le miroir a donc un statut ambivalent. Soit il
dévoile la beauté et engendre le désir, soit il met en garde contre la
fragilité de cette beauté et appelle à la prudence en évoquant les ravages
causés par la vieillesse. La femme au miroir incarne, dès lors, tantôt une
déesse vénérée et fragile, tantôt un monstre concupiscent.
L'époque Contemporaine, est une période foisonnante en changements et
innovations, comme l'apparition de la photographie et plus tard de
l'informatique. C'est également à cette époque que les bouleversements sociaux
et politiques, comme la liberté et la reconnaissance de la femme acquises grâce
à son émancipation et l'internationalisation des échanges humains, amènent de
profondes modifications dans les mentalités. Ces évolutions et révolutions se
répercutent dans l'art qui connaît alors une véritable explosion. De nouveaux
mouvements se succèdent sans arrêt et conduisent à de nouvelles recherches
artistiques.
Le thème de la femme au miroir est touché, lui aussi, par ces nombreux
bouleversements. Il continue d'illustrer les symboliques anciennes comme la
toilette, la coquetterie ou la vanité. Mais le miroir, quand il est associé à
la femme, reste aussi le moyen de modifier le rendu de l'espace. En effet, le
miroir présent dans ces œuvres peut agrandir le champ de vision de la toile et
donner à voir des angles de vue inattendus. Les jeux optiques, via le miroir,
tout comme les déformations et les dédoublements, se multiplient au XXème
siècle.

Cette capacité du miroir à reproduire le visuel dans le visuel va conduire les
artistes à le considérer comme la métaphore de la peinture. Le nombre
d'autoportraits féminins s'accroît considérablement au siècle dernier, ce qui
est notamment à mettre en parallèle avec l'évolution du statut de la femme. Il
perd peu à peu sa connotation péjorative et devient un genre à part
entière.
À l'Epoque Contemporaine, le thème de la femme au miroir conduit également à
illustrer plus fréquemment le repli sur soi. Qu'il évoque l'introspection ou le
rêve, ce thème reflète bien les différents changements de l'époque, tout comme
il s'aligne sur les recherches menées sur l'inconscient par les philosophes et
les psychologues. Le miroir médiateur d'un questionnement intérieur lié à la
connaissance de soi n'est pas neuf, mais le nouveau statut octroyé à la femme,
aboutit à le lier davantage à l'imagerie féminine.
Tana Hoban (Sans titre), Centre Pompidou
Un autre changement, propre au XXème siècle, est le fait d'envisager le miroir
dans sa matérialité. C'est ainsi que le thème de la femme au miroir peut être
illustré sans réellement figurer une glace mais en l'utilisant comme support de
l'œuvre, représentant la femme.