Dans les années 1850, l’Anglais Robert Mac Pherson dirigeait un atelier de photographie à Rome. Ses images, généralement réunies sous forme d’albums, étaient presque exclusivement destinées aux riches voyageurs étrangers désireux de rapporter de leur “grand tour” des souvenirs dont la photographie, technologie nouvelle et indiscutable, garantissait la fidélité.

Ce phénomène était tel qu’on ne trouve aujourd’hui quasiment plus trace en Italie des photographies de Mac Pherson qui figurent en revanche, en grand nombre, dans les collections anglaises. Cet exemple, qui ne se limite pas à ce photographe, montre en fait combien, dès les premières années de son utilisation, la photographie a investi des territoires jusqu’alors réservés à la peinture, aux dessins ou aux différentes formes.



Robert Macpherson
Rome, Laocoon marble statue, Vatican Museum (no. 81)
1860 (ca)
Albumen print
28.1 x 37.8 cm
Private collection
voir : ici

La pratique du “grand tour” se généralise dès la fin du XVIe siècle. Il s’agit alors, dans l’affirmation de la grandeur des nations naissantes, d’envoyer les enfants des classes dirigeantes se confronter à des civilisations différentes de la leur.



Bacon écrivait en 1615 dans un traité sur le voyage, On Travel, l’intérêt, pour des jeunes aristocrates bientôt appelés à gouverner, de voir fonctionner l’efficace république de Venise, ou s’échafauder le prestigieux modèle urbanistique romain. Dans cette même perspective, Colbert, pour affirmer l’importance de la France, fondait à Rome l’académie de France qui jusqu’à aujourd’hui accueille les grands artistes français. Il marquait ainsi l’indéfectible attrait de l’Italie sur l’imaginaire culturel des élites européennes.



Si le XVIIe siècle voit dès lors s’épanouir la vogue du voyage en Italie, le XVIIIe siècle sera sans conteste celui du triomphe du “grand tour”. Il faut aussi rappeler que les découvertes en 1740 et 1750 des sites archéologiques d’Herculanum et de Pompéi résonnèrent d’un phénoménal pouvoir d’attraction en Europe. Jeunes Anglais, Français, Allemands accouraient en Italie.

Ces jeunes aristocrates et ces jeunes bourgeois, désormais formés à l’exemple des maîtres, prenaient pour habitude de ramener de leurs voyages des vedute, petits tableaux de paysages représentant des “vues” des villes et des sites remarquables d’Italie. Réalisées par des artistes spécialisés, Canaletto, Guardi ou Bellotto pour ne citer que les plus célèbres, ces vues peintes, représentant le Grand Canal à Venise, les éléments d’architectures monumentales, les ruines, etc., avaient une véritable fonction documentaire puisqu’on parle aujourd’hui à leur propos de “paysages historiquement objectifs”.



La valeur de ces vedute, souvent réalisées par l’intermédiaire de chambres optiques, était liée à leur ressemblance avec le sujet représenté.

C’est donc très naturellement que la photographie de paysage dès son invention apparut comme l’achèvement d’un programme de documentation du réel et qu’elle se substitua très vite aux vedute du XVIIe et XVIIIe siècle, qui au fond n’en étaient qu’une étape.