Le Palais de Donn’Anna Caraffa (1)
Par Benjamin Martin-Tardivat le mercredi 17 février 2010, 22:41 - Humeur du soir - Lien permanent

Parthénope, désespérée de ne pouvoir attirer son amant, donna son nom à la
ville en se jettant dans son golfe.
Grecs, Romains, Normands, Angevins, Espagnols et Bourbons sont depuis venus
s'échouer, combattre et bâtir sur les bords du Vésuve.
Le cœur de la ville n'est semblable à nul autre. Un fourmillement braillard
d'individus aux démarches chacune différentes. Des boutiques proposant une
invraisemblable quantité de produits banals, d'aliments, le tout entassé sur
les étales et les bancarelles.
A la vue d'un tel désordre, d'une telle variété confuse de couleurs, de sons et
de visages, on est pris d'étourdissement. Jamais auparavant vous n'avez vu un
tel éventail de profils, renvoyant tous à des âges, à des conditions sociales,
et à des états d'âme aussi différents. Visages modernes et antiques, visages de
pauvres et de riches, visages respirant la santé ou marqués par la ma-ladie.
Dans aucune autre ville italienne, on ne voit dans les rues une telle foule
d'éclopés, d'aveugles et de bossus, un peu comme si l'on n'avait pas honte,
ici, de montrer ses difformités.
La ville elle-même joue de ses propres défauts, ombres et lumières des palais
et des églises, de l'ancien et du nouveau.
Pour surmonter les difficultés de chaque jour, le napolitain s'en remet à Saint
Janvier, à la Smorfia, et aux légendes. En fait, à tout ce qui échappe aux lois
naturelles.
N'oubliez jamais que le napolitain est fasciné par la magie et la
superstition.
Naples est la patrie du meloccio, du mauvais œil, du fatture, des sortilèges,
qui doivent frapper leurs adversaires. D'ailleurs, si la réalité est trop
amère, pourquoi ne pas la fuir en se réfugiant dans l'inconnu ?
Le Palais Donn'Anna est tout cela à la fois.

Il est fier depuis longtemps de montrer ses difformités. Ses étages du bas,
sous la cour et au niveau de la mer, sont à l'abandon et tombent en ruine. Il y
a là un labyrinthe de couloirs sombres percés tout à coup de trouées de bleu,
d'épais murs de tuf à moitié effondrés, entrecoupés d'une lumière éclatante,
d'interminables enfilades de pièces aux plafonds très hauts.
Inachevé, son origine reste mystérieuse.