Il y a bien longtemps, disait-on, la Reine Jeanne vivait là, épouse d'un vice-roi d'Espagne, qui tuait les marins qu'elle avait séduits, et les âmes des morts rodaient encore la nuit entre ses murs.

La reine dont il est question serait Giovanna d'Anjou (1326-1382), dont les quatre maris décédèrent dans d'étranges circonstances, ou bien encore Giovanna II d'Anjou (1371-1435), dont le mari fut assassiné…
La confusion règne…

«That's why many people call the Palace of Queen Giovanna…a mistake, Sir. Ignorance of the uneducated people ! That is the Palazzo di Donn'Anna, and Donna Anna Caraffa was a great Neapolitan signora, wife of the Duke of Médina, the Spanish viceroy who constructed the palace for her and was not able to finish it » (Mare Nostrum by Vicente Blasco Ibanez).

En effet, son architecture fait non pas référence au 14ème siècle, mais plus au 17ème, de par la richesse et l'élégance de certaines de ses parties.

En fait, ce palais fut construit en lieu et place de la «Villa Sirena», nom du véritable palais de la Reine Giovanna. Après le règne de la maison d'Anjou, le palais est acquis par Dragonetto Bonifacio, et au 16ème siècle, par la puissante famille Ravaschieri puis par les richissimes Caraffa.

Donn'Anna 2

Le Prince Carafa di Stigliano en fit don à sa fille Anna pour son mariage avec le Duc de Médina de las Torres, Vice Roi espagnol du Royaume de Naples.

Sur ces ruines, Anna Caraffa confia à l'architecte Cosimo Fanzago la construction de son palais, pour que l'on puisse y accéder tant par la route que par la mer, depuis le Golfe du Pausilippe.

Les travaux ont commencé en 1630. Son architecture se révèle être la traduction concrète d'une hiérarchie pyramidale : dans une grotte, en contact avec la mer, les barques et les habitations de pêcheurs, à l'étage, la bourgeoisie, et au dessus, la noblesse, dont faisait partie Anna Caraffa.

Doté d'un théâtre, Donn'Anna y organise les plus belles réceptions de Naples, tant par la magnificence des lieux, que par le luxe déployé.

Pour sa première soirée, une pièce de théâtre est jouée, mettant en scène Donna Mercede, nièce du Duc de Médina, et Gaetano Casapesenna, dans le rôle d'amoureux éperdus. Les « acteurs » remplissant parfaitement leurs rôles, nul n'est alors dupe de leur amour, mais tous savaient aussi que le jeune homme était l'amant officiel de Donn'Anna.

La haine légendaire de Donn’Anna, des rumeurs et des quolibets poussèrent Donn Mercede à s'exiler dans un couvent. Le jeune Gaetano la cherchera en Espagne, en France et en Italie avant de mourir de fatigue.

Il est dit qu'après leur mort, l’âme des amants hanta le palais…

Le Duc de Médina se décida à rentrer en Espagne et laissa son épouse seule dans son palais, ce qui entraîna la chute de Donn'Anna.

Alexandre Dumas, dans « San Felice », décrit la chute de cette noble demeure. «Les napolitains, qui n'avaient pas fait entendre un murmure tant qu'avait duré la puissance du vice roi disgracié, le poursuivirent après son départ dans sa femme, et celle-ci, écrasée sous les dédains de l'aristocratie, accablée par les insultes de la populace, quitta Naples à son tour, et alla mourir à Portici, laissant son palais à demi-achevé, symbole de sa fortune brisée au milieu de son cours.

Depuis ce temps, le peuple a fait de ce géant de pierre l'objet de ses superstitions néfastes. Quoique l'imagination des napolitains n'ait qu'une médiocre tendance vers la nébuleuse poésie, et que les fantômes n'osent s'aventurer dans l'atmosphère limpide et transparente de la moderne Parthénope, ils ont peuplé, on ne sait pourquoi, cette ruine d'esprits inconnus et malfaisants qui jettent des sorts sur les incrédules assez hardis pour s'aventurer dans ce squelette de palais ou sur ceux qui, plus audacieux encore, ont essayé de l'achever, malgré la malédiction qui pèse sur lui, et malgré la mer, qui dans son ascension progressive, l'envahit de plus en plus : on dirait que, pour cette fois, les murailles immobiles et insensibles ont hérité des passions humaines, ou que les âmes vindicatives de Médina et d'Anna Caraffa sont revenus habiter, après la mort, la demeure déserte et croulante qu'il ne leur a point été permis d'habiter de leur vivant ».

Cette superstition est relayée bien plus tard par les habitants de Mergelina, quartier voisin du palais.

On y avait entendu des bruits de chaînes, mêlés à des gémissements. On avait, à travers les fenêtres, vu flotter des lumières bleu pâle, errant dans les salles humides et inhabitées.
On racontait aussi que ces ruines étaient devenues le repère des malfaiteurs.

On dit aussi qu’une nuit, un pêcheur avait été obligé de chercher un refuge dans la grotte sur laquelle le palais est bâti. Il avait entendu des ombres vêtues du costume des pénitents, qui assistent dans leurs derniers moments les patients avant le gibet ou l'échafaud.